mercredi 9 octobre 2013

Plan économique du Québec : au bout de nos cartouches ?

En grande pompe, le Gouvernement du Québec a lancé son plan économique Priorité emploi.

Deux milliards de dollars seront investis dans différentes mesures avec l’espoir que le secteur privé embarquera et, qu’au bout du compte, c’est plus de treize milliards de dollars d’investissements privés qui seront générés.

Rien dans cette annonce ne tranche avec tout ce qui a été essayé précédemment pour sortir le Québec de son déclin tranquille. Pour ma part, deux questions ont surgi immédiatement :

-  Est-ce qu’une plus grosse dose de quelque chose qui ne fonctionne pas peut, cette fois-ci, réussir ?
-  Est-ce que le Québec en est rendu à utiliser ses dernières cartouches (marge budgétaire) ?

La créativité n’était manifestement pas au rendez-vous, hormis peut-être cette idée de l’électrification des transports.

On se contente, encore une fois, de viser les mêmes cibles, à savoir, construction, universités, adéquation formation-emploi, innovation, énergie verte, investissements étrangers, en utilisant les moyens habituels que sont les subventions, crédits d’impôts, énergie à rabais et travaux d’infrastructure.

Quelles sont les réactions de nos élites ?

Les partis d’opposition s’interrogent sur la disponibilité des fonds pour financer ce plan. Une question qu’ils ne se sont jamais posée, lorsqu’il étaient au pouvoir. C’est pourquoi nous sommes si endettés.

Les représentants des entreprises, fortement intoxiqués par les milliards de dollars de subvention qu’ils reçoivent déjà, sont favorables à ce nouveau plan. Ils ont depuis longtemps perdu tout sens critique.

Les syndicats se sont prononcés en faveur de ce nouveau plan. Ce n’est pas surprenant et c’est inquiétant. Ça indique bien que nous nous enfonçons toujours plus dans un système, celui du sanctuaire économique des droits acquis.

Un point qui mérite qu’on y revienne, celui de l’adéquation entre la formation et l’emploi. Voilà un vœu pieux qui bat des records de longévité. Au Québec, c’est connu, nous sommes contre la « marchandisation » de l’éducation. L’adéquation formation-emploi, qui serait l’action la plus structurante à mettre de l’avant, demeurera un vœu pieux, d’autant plus qu’on se plait à en faire un sujet de discorde fédéral-provincial.

Pendant ce temps, plusieurs secteurs industriels voient leur croissance freinée, faute de main d’œuvre spécialisée.

Tant qu’on ne changera pas nos cibles et notre approche, nous continuerons d’assister à des lancements réussis de politiques économiques qui ne livrent pas.

De beaux effets de toge, comme diraient nos amis avocats.

 
Au plaisir de lire vos commentaires.

Normand de Montigny


« Entreprendre, encore et toujours »






dimanche 6 octobre 2013

Réchauffement climatique : on attend quoi ?

Carl Camiré, Vestige méditatif

Il y a quelques jours, le GIEC  (Groupe international des experts du climat) publiait les premiers éléments scientifiques de son 5ième rapport sur les changements climatiques.

Les faits saillants sont sans équivoque :
     - Le réchauffement de l’atmosphère terrestre se continue

     - Il y a 95% de probabilité que ce réchauffement soit attribuable, en grande partie, aux gaz à effet de serre,  découlant de l’activité humaine.


Pour ma part, j’y vois une mauvaise et une bonne nouvelle, La mauvaise d’abord : malgré les alertes précédentes, notamment depuis la Conférence de Rio en 1992, la situation continue de se détériorer.


La bonne nouvelle : le réchauffement climatique est attribuable, en grande partie, à l’activité humaine. Pourquoi j’y vois une bonne nouvelle ? Tout simplement, parce que ça signifie également qu’un retournement de situation (mettre fin au réchauffement) pourrait également découler d’une action humaine, nécessairement concertée et vigoureuse. Nous ne sommes pas dans une situation où il n’y a pas de solution, comme ce serait le cas, par exemple, si la terre avait quitté son orbite traditionnelle autour du soleil pour s’en approcher inexorablement !

Alors, on attend quoi pour agir ? En fait le problème est que nous assistons à un phénomène (le réchauffement) qui se produit à un rythme très lent, s’étalant sur plusieurs décennies. Pour le Canada, par exemple, on estime que le réchauffement climatique pourrait signifier une demi-journée de moins, par année, de conditions hivernales (Ce matin-là on ira jouer au bowling, plutôt que faire du ski ! – Je parle pour les Québécois qui ne passent pas leur hiver dans le Sud). Ailleurs, des périodes de sécheresse un peu plus longues ou la hausse du niveau de la mer qui gruge davantage les berges. Rien de spectaculaire et rien pour motiver le politicien moyen qui voit rarement plus loin que sur un horizon de 3 à 4 ans (cycle de sa réélection).


Imaginons, pour un instant, qu’au lieu du réchauffement climatique, l’humanité est confrontée à une collision imminente (probabilité de 95%) avec un astéroïde de la taille du Texas. Nous avons tous vu le film Armageddon (1998) ou un des nombreux films sur le même thème qui ont suivi. Tous les cerveaux, les talents, les moyens techniques et financiers nationaux et internationaux seraient mobilisés vers un seul objectif : empêcher la collision.


L’enjeu de la lutte au réchauffement climatique est du même ordre et commande le même type d’effort et de détermination. Rien de moins.


Un modèle de croissance à revoir



Dans un billet précédent Croissance: Stop ou encore  j’aborde cette question d’une croissance infinie dans un monde aux ressources limitées. Le modèle de croissance économique occidental des années 1960 à 2008, ne peut être maintenu, alors même que les pays émergents affichent les mêmes ambitions.


Hervé Kempf, en tournée au Québec la semaine dernière, est l’auteur de Fin de l'Occident, naissance du monde . Titre choc qui nous fait réfléchir et dont je partage la conclusion centrale : il ne sera pas possible de maintenir le modèle de consommation de l’Occident et d’accommoder une croissance suffisante dans les pays émergents. Nécessairement l’Occident devra reculer. Là où je diverge, c’est  qu’il fait reposer la solution principalement (uniquement ?) sur la redistribution de la richesse, en détroussant l’oligarchie mondiale.


Il est indéniable que 1% de la population, les plus fortunés de la planète, contrôle 45% de la richesse mondiale. Les 50% les moins fortunés se partagent 1%. L’Amérique du Nord et l’Europe accaparent 67%. (Crédit Suisse, Global Wealth Data Book 2012). Il s’agit là d’un partage très inégal du patrimoine mondial. Certaines nations, pas toutes en Occident d’ailleurs, sont très inégalitaires. Des mouvements de soulèvement ont ébranlé les oligarchies de plusieurs pays en 2012, sans pour autant entraîner une amélioration (pas encore) de la situation des classes pauvres (Tunisie, Libye, Égypte). Le Québec est une société plus égalitaire que la plupart des autres juridictions en Amérique du Nord et on ne peut que s’en réjouir.


Il faut voir au-delà de la richesse accaparée par l’oligarchie, car, pour une bonne part, elle n’est que thésaurisation (consommation reportée) qui entraîne relativement peu de pression sur les ressources naturelles limitées.


La solution au réchauffement climatique viendra bien plus d’un changement du modèle de croissance économique (consommation et production), qui devra toucher le mode de vie de l’ensemble des classes moyennes des pays occidentaux et non pas uniquement l’oligarchie du 1%.


Deux exemples bien simples :



Un oligarque russe, qui possède une villa valant 500 millions d’euros sur la Côte d’azur, devant laquelle est amarré son yacht de 162,5 mètres (valeur de 380M $), n’a pourtant qu’un seul estomac. À son menu quotidien, on retrouve assurément de la viande, tout comme n’importe quel quidam de la classe moyenne. Or produire un kilogramme de viande de bœuf requiert la production de 10 kilogrammes de céréales; c’est qu’elle bouffe cette petite bête.


En 2009, les classes moyennes des pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Indonésie…) comptaient 525 millions d’individus; ils seront plus de 1 740 millions en 2020 et 3 228 millions en 2030. Il est démontré, depuis plusieurs années, que les familles qui quittent la pauvreté et accèdent à la classe moyenne, augmentent considérablement leur consommation de viande. Compte tenu des superficies agricoles disponibles, il sera impossible de produire les quantités additionnelles de céréales pour rencontrer les besoins nutritionnels de ces populations.


La croissance économique, ce n’est pas que la consommation, c’est aussi la production requise pour rencontrer cette consommation. L’exemple de la production d’aluminium, que nous connaissons bien au Québec, est très éloquent.


La Chine, tout comme le Québec, cherche à créer des emplois en région, en utilisant les sources d’énergie disponibles. Au Québec, on maintient avec beaucoup de difficulté et à grands frais (tarifs d’électricité réduits) des alumineries au Lac Saint-Jean, sur la Côte-Nord et en Mauricie.


Pendant ce temps, la Chine a décidé de produire l’aluminium requis pour ses propres besoins, soit 40% du marché mondial. La région de Xinjiang (nord-ouest) recèle des réserves abondantes de charbon utilisées pour produire l’électricité requise par les alumineries. On peut imaginer les gaz à effet de serre ainsi produits.


En conclusion



La Chine, c’est bien loin et hors de notre réelle zone d’influence. Par contre, il nous est possible d’agir localement et de modifier certaines de nos habitudes de consommation, voire nos habitudes de vie.


Ce sont les classes moyennes d’ici et d’ailleurs qui disposent de la masse critique nécessaire pour modifier la trajectoire du réchauffement climatique ou de l’astéroïde. Encore faut-il agir en temps utile. IL EST GRAND TEMPS …



Au plaisir de lire vos commentaires.


Normand de Montigny


« Entreprendre, encore et toujours »






lundi 2 septembre 2013

Un grand hold-up silencieux







Pour financer leurs déficits courants et une dette hors contrôle et tenter de redémarrer leur économie, les administrations publiques des grandes puissances économiques ont opté pour la destruction de leur structure de taux d’intérêts.




Ces bas taux d’intérêt (voisins de 0) décrétés par les banques centrales d’Europe, des Etats-Unis et du Canada ont un impact direct sur les taux pratiqués par les institutions financières auprès de leurs clients. Les emprunteurs sont les grands gagnants. Les épargnants les grands perdants. En fait, en tenant compte de l’inflation et de l’impôt à payer sur les intérêts gagnés, les épargnants ont un rendement négatif ; ils s’appauvrissent.



Les états qui ont fait preuve de laxisme sont « sauvés » par les états moins amochés : en fait les états « créditeurs » tentent de limiter les dommages pour leurs banques qui ont financé la dette des pays laxistes : Grèce, Portugal, Irlande, Espagne…



Cette situation de bas taux d’intérêt perdure depuis maintenant 3 ans et on peut penser que ce sera le cas pour encore quelques années. Les épargnants, à plus forte raison ceux qui doivent compter sur leurs propres ressources pour se bâtir un fonds de retraite, sont victimes d’un vaste hold-up silencieux. Chaque semaine des milliards de dollars sont ainsi transférés des épargnants responsables vers des emprunteurs qui continuent de faire la fête comme si de rien n’était.



Les États sont engagés dans un cercle vicieux où ils n’osent pas augmenter les taux d’intérêt de peur de tuer dans l’œuf une relance très fragile. Bien plus, une augmentation des taux d’intérêt aurait pour effet d’accroître de façon importante le fardeau de la dette (les intérêts qu’ils versent à leurs créanciers). C’est l’illustration la plus éloquente du parfait conflit d’intérêts.



Les régimes à prestations déterminées des fonctionnaires expliquent en partie les déficits très importants qui doivent être renfloués par les administrations publiques : états, provinces, villes. La Ville de Montréal doit débourser plus de 500 millions de dollars, annuellement, à titre de contribution pour le régime de retraite et, même là, cette contribution est insuffisante pour répondre à ses engagements.



La dette de Détroit qui vient de se placer sous la Loi de la protection (faillite) s’explique à 40% par le déficit accumulé des fonds de pension des fonctionnaires. Avant d’en arriver là, Détroit avait coupé plusieurs des services pourtant jugés essentiels (police, incendie, bibliothèques). Plusieurs autres villes américaines et certains états (Californie) vivent des situations précaires.



Au Québec, les villes ne sont pas autorisées à faire des déficits ou à faire faillite. Ça n’empêche pas que, dans les faits, plusieurs villes doivent couper dans les services et hausser les taxes pour rencontrer leur obligation de combler le déficit actuariel de leurs fonds de pension. Parlez-en aux gens de Québec.



Ça aussi, ça fait partie du Grand hold-up silencieux.





Au plaisir de lire vos commentaires.



Normand de Montigny



« Entreprendre, encore et toujours »









jeudi 18 avril 2013

Vivre mieux… pour un temps


Un vieux sage a dit un jour : « Il n’y a pas de mal à se faire du bien ». Les Québécois l’ont bien compris. Nous savons profiter du moment présent. Nous n’hésitons pas à dépenser pour nos voyages et loisirs. Nous sommes les champions de l’humour. Les Américains qui viennent nous visiter découvrent chez nous « La joie de vivre ».

Dans Le Québec économique 2011, Luc Godbout et Marcelin Joanis, lèvent le voile sur une étude internationale qui permet de comparer, à l’échelle internationale, le niveau de bien-être des populations. L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a bâti un indice Vivre mieux qui, au moyen d’une vingtaine d’indicateurs, classe les 34 pays membres de l’OCDE.

Et, vous savez quoi ? Le Québec se classe toujours dans les trois premiers rangs, avec l’Australie et le Canada, sur chacun des 20 indicateurs formant l’indice Vivre mieux.

Au fil des années, les économistes et politiciens nous ont souvent répété qu’il ne fallait pas s’en remettre uniquement au Produit intérieur brut (PIB), ce demi-dieu des économies occidentales, pour mesurer la performance relative d’un pays. Le Québec se classe en 20ième position sur 34 pays sur l’échelle du PIB.

Rappelons-nous notre ancien ministre des finances du Québec, Raymond Bachand déclarant, en marge de son budget 2010: « L'important, ce n'est pas d'équilibrer le budget. L'important, c'est d'être heureux comme peuple ». Ça lui avait valu l'épithète de Ministre du Bonheur.

En fait le PIB indique, dans une certaine mesure, la richesse d’une nation, en mesurant la production. On nous répète qu’il faut créer de la richesse (et la capter) avant de la répartir. Alors, il ne faut pas larguer le PIB, même si d’autres indices, tel l’indice Vivre mieux, nous donnent un portrait plus juste du niveau et surtout de la qualité de vie.

Les auteurs Luc Godbout et Marcelin Joanis formulent, par contre, une mise en garde :

Aucun indicateur ne tient compte de la capacité des États à soutenir le bien-être de leur population à long terme.
Au premier chef, la pérennité du niveau de bien-être mesuré aujourd’hui au Québec dépend de la préservation de la capacité d’intervenir de l’État, qui à son tour passe par des finances publiques soutenables à long terme. Bien que le PIB soit un indicateur insatisfaisant de la mesure du bien-être, il demeure exact qu’une croissance soutenue du PIB est le premier déterminant des revenus de l’État et, partant, de sa capacité d’action.

Ceci nous conduit à une question bien légitime : Comment expliquer que le Québec se retrouve dans le Top 3 des pays de l’OCDE, quant au bien-être de sa population et sous la moyenne, quant au niveau de vie mesuré par la richesse ?

J’avance, pour votre réflexion, les pistes suivantes :
  •  Le Québec, comme société, vit au-dessus de ses moyens : dette brute et dette nette du Québec plus élevée que les autres provinces canadiennes ;
  • Le Québec bénéficie de la péréquation canadienne, pour un certain temps encore, de par son statut de province relativement pauvre ;
  • Le Québec est une société plus égalitaire (redistribution des revenus) que les autres provinces ce qui accroît, sans doute, le niveau de bien-être ;
  • Les Québécois épargnent moins que la moyenne canadienne.
Les constats dressés cette semaine par le Comité D’Amours sur les retraites au Québec vont dans le même sens. On vit sur du temps emprunté… et surtout des contributions $$$ empruntées aux générations futures.

On peut, comme individu, vouloir maintenir notre niveau de vie, notre Vivre mieux. C’est très légitime. On se doit, par contre, comme société, de nous assurer que c’est soutenable à long terme. Là-dessus, difficile de s’en remettre à nos gouvernements qui, jusqu ‘à maintenant, ont pratiqué avec brio les disciplines de l’aveuglement volontaire et du pelletage par en avant.

Au plaisir de lire vos commentaires.

Normand de Montigny

« Entreprendre, encore et toujours »



 


 

 

mercredi 23 janvier 2013

Une retraite à deux vitesses










Soyons clairs dès le début : Je suis en faveur des régimes de retraite à prestations déterminées, qu’ils soient publics ou privés.

Il s’agit là d’un très bon moyen de s’éviter une retraite cahoteuse et même pire de terminer sa vie dans la pauvreté. C’est un formidable incitatif pour l’épargne et la responsabilisation face à son avenir.

Je suis tellement en faveur que je crois que, dans un monde idéal, tous les travailleurs québécois devraient y avoir droit. D’autant plus que nous sommes, pour plusieurs (ce qui m’exclut), hédonistes et préférons tout dépenser à mesure, sans se soucier du lendemain. (Ce sera là le sujet d’une autre publication bientôt).

Ceci étant dit :

J’ai un problème avec les régimes débalancés, ceux où la contribution des employeurs, publics ou privés, dépasse le 50% des contributions totales. C’est une question d’équité entre l’employé et le propriétaire ou l’actionnaire de l’entreprise (le contribuable dans le cas d’une administration publique). L’effort d’épargne en vue de la retraite devrait reposer pour moitié sur l’individu. Ce principe du 50% - 50% devrait également s’appliquer dans le partage des surplus ou des déficits actuariels de ces régimes. Sans cet équilibre
(50% employé – 50% employeur), il devient trop facile, pour l’employé (son syndicat) de continuellement négocier une bonification de régime et tout aussi facile, pour l’employeur, de consentir et d’acheter la paix. C’est l’histoire des trente dernières années au Québec.

J’ai un gros problème avec les régimes sous-capitalisés. Sans entrer dans les détails sur les différents indicateurs, il me semble qu’un régime doit rechercher une pleine capitalisation pour répondre à ses engagements, de façon à éviter de pénaliser les générations futures. Les régimes du secteur public québécois (incluant les municipalités) affichent un déficit actuariel de 34 milliards de dollars.

Vous aurez sûrement deviné que j’ai un très gros problème avec les régimes du secteur public qui sont à la fois débalancés et sous-capitalisés. Ces régimes créent deux classes de citoyens (une retraite à deux vitesses) en plus d’être foncièrement inéquitables envers les générations futures. On demande à des contribuables actuels et futurs qui, pour une large majorité d’entre eux, n’ont pas accès à un régime à prestation déterminée, de contribuer à plus de 50% à un régime réservé aux employés du secteur public.


Pour moi, la question n’en est pas une de « Tout le monde devrait être égal ». Il s’agit plutôt d’une question d’équité entre classes de citoyens et entre générations.

Un sujet chaud en 2013


Les régimes de retraite : ce sera le sujet politique # 1, au Québec, en 2013.

Pourquoi ? Parce que les municipalités sont aux prises avec un véritable mur budgétaire. Aussi, parce que le Comité gouvernemental des régimes de retraite du Québec, présidé par Alban D’Amours, déposera son rapport au cours des prochains mois. Mais surtout, parce qu’il ne sera plus possible de cacher l’ampleur du problème.

Pour le moment, on pratique une de nos disciplines favorites au Québec, celle de l’aveuglement volontaire :

  • On étire la sauce : on donne un délai de 10 ans pour corriger le déficit actuariel des régimes (on appelle ça du lissage) ;
  • On fixe un taux de rendement futur trop optimiste pour les régimes, de telle sorte qu’on sous-évalue délibérément la correction à appliquer.

Syndrome de la cage dorée


Combien de fois j’ai entendu des travailleurs des secteurs publics et privés, très malheureux, se plaindre de leurs conditions de travail et des impacts sur leur santé et avouer leur complet désintérêt pour leur métier ou leur profession. Je leur demandais naïvement : Mais pourquoi ne pas tout simplement changer de travail et d’employeur ? La réponse invariable : Je ne peux quitter, car je perdrais mes droits à une pleine pension (prestation déterminée). Et, tout comme des prisonniers, ils comptent les années, les mois, les semaines, les jours et les minutes avant la libération ou la retraite tant convoitée. C’est ce que j’appelle le Syndrome de la cage dorée.

Des éléments de solution


Pourquoi, me direz-vous, ne pas, tout simplement, bonifier le Régime des rentes du Québec comme le suggèrent certaines centrales syndicales ? Tout simplement parce qu’il serait très dangereux de mettre tous ses œufs dans le même panier. Rappelons-nous, que de tout temps, les gouvernements québécois ont fait pression sur la Caisse de dépôt et placement (qui gère une grande part des fonds de retraites publics) pour investir dans des opérations défensives - nationalistes (Vidéotron, Gaspesia, bientôt RONA ?) avec les résultats que l’on connaît. C’est sans compter que la Caisse de dépôt n’est pas à l’abri de mauvaises performances (recul de 25% ou 40 milliards de dollars en 2008). Il est bien possible également que, dans un avenir pas si lointain, la Caisse de dépôt soit appelée à acheter beaucoup plus de titres de dette du Gouvernement du Québec, à des taux très bas. Regardez ce qui se passe actuellement aux Etats-Unis et en Europe où cette stratégie est largement utilisée par les banques centrales.

Je ne crois pas détenir la solution, mais il me semble que quelques pistes se dégagent :

  • Les régimes à prestations déterminées ne pourront livrer leurs promesses. Il faudrait donc les convertir progressivement vers des régimes à cotisation déterminée ;
  • La nécessité, pour les travailleurs non couverts par un régime à prestation déterminée, de contribuer davantage en vue de leur retraite ;
  • Étendre la formule du Compte de retraite immobilisé (CRI) qui permet à l’employé de cristalliser les contributions de l’employeur et les siennes et de les mettre de côté à chaque fois qu’il change d’employeur ;
  • Proposer une formule de régime à cotisations déterminées où les contributions de l’employé seraient doublées par l’employeur jusqu’à un niveau combiné maximal de 16%. Ce serait là un formidable incitatif à l’épargne. Ce régime pourrait être géré par des gestionnaires privés à l’abri des influences politiques.

Le retour de l’esclavage ?


De plus en plus, les autorités gouvernementales font pression sur les travailleurs du secteur privé pour qu’ils retardent le moment de leur retraite. La pression s’est intensifiée, du côté du Québec, depuis que le Gouvernement Harper a modifié le Régime de pension du Canada en portant à 67 ans l’âge normal de la retraite. On comprend la préoccupation du Gouvernement du Québec qui devra supporter pendant 2 ans de plus (De 65 à 67 ans), les prestations de sécurité du revenu de milliers de Québécois.

Pourtant, du côté du secteur public, aucun changement de ce type n’est prévu. Pas question de reculer l’âge de la retraite. Au contraire, on négocie actuellement, avec les ambulanciers, une bonification du régime de retraite, avec pour objectif de réduire l’âge normal de la retraite. Deux classes de citoyens, deux mondes parallèles.

De nombreux travaux (CIRANO, 2010; Kieran, 2001) soulignent le fait que les travailleurs du secteur public sont davantage susceptibles de se retirer plus tôt du marché du travail, grâce, notamment, à la présence d’un régime de retraite qui offre de meilleurs avantages que ceux dont peuvent bénéficier leurs homologues du secteur privé. Il ressort de la présente étude (Statistique Québec) que parmi les employés du secteur public québécois ayant pris leur retraite en 2009 ou en 2010, 57 % ont moins de 60 ans. Ce taux est presque deux fois plus élevé que ce qui est noté dans le secteur privé (incluant les travailleurs autonomes). Ce résultat contraste nettement avec ce qui est observé en Ontario et dans l’Ouest canadien, puisque plus de 6 nouveaux retraités sur 10 provenant du secteur public n’ont quitté leur dernier emploi qu’à 60 ans ou plus.

Tout se passe comme si on demandait, avec une certaine insistance, aux employés du secteur privé de prolonger, de quelques années, leur prestation de travail pour permettre à un groupe privilégié de maintenir des conditions démesurées et intenables. Est-ce un retour progressif vers l’esclavage qui a pourtant été aboli en 1834, au Canada et dans tout l’Empire britannique ?



Au plaisir de lire vos commentaires.

Normand de Montigny

« Entreprendre, encore et toujours »








jeudi 3 janvier 2013

Jour de la Fierté parentale

 











Jour de la fierté parentale

Nous vous mettons au défi de trouver une seule journée ou une semaine qui n’est pas officiellement dédiée à une cause, une organisation ou un groupe de la société. Tout y passe, tout est important et forcément, dans une telle cacophonie, quelquefois l’essentiel nous échappe.

Les mères et les pères ont bien sûr leur journée en mai et en juin. Les enfants, du moins ceux en bas âge, sont exposés à une pléthore d’activités, d’événements, tous plus commerciaux les uns que les autres.

Bien sûr, les parents de jeunes enfants ne manquent pas une occasion d’exprimer leur fierté devant les progrès et les exploits quotidiens de Junior. C’est naturel pour les parents et c’est essentiel au développement de l’enfant, surtout dans la construction de l’estime de soi.

Mais qu’en est-il de nos enfants devenus grands ? Et quand nous disons « grands », ça n’a pas de limite dans le temps. Prend-on vraiment le temps de leur exprimer notre admiration, notre fierté devant leurs accomplissements, devant leur persévérance, devant leur résilience dans un monde de plus en plus exigeant, de plus en plus instable ?

Quand nos enfants étaient jeunes, nous avions créé une journée spéciale à leur intention. En fait, ce jour-là, le 26 décembre, ils étaient maîtres de l’agenda et nous, les parents, suivions. C’était une belle tradition. Ça se gère jusqu’à l’âge de 10 à 12 ans…. Après, nous ne vous le conseillons pas.

Aujourd’hui, 29 décembre 2012, nous lançons la première édition de notre « Journée de la Fierté parentale ». Cet événement, très privé, se veut l’occasion de témoigner de notre fierté à l’égard de nos enfants, de souligner les qualités qu’on leur reconnaît et de renouveler notre confiance en eux et notre amour.

Par ricochet, ça rejaillit sur nous, les parents. Ben oui, d’où pensez-vous qu’ils tirent tout ce potentiel, toutes ces qualités ? Des parents, bien sûr ;). Un vieux sage a dit un jour :
« L’éducation d’un enfant commence 20 ans avant sa naissance ». En fait, c’est tout le bagage (les valeurs, l’éducation reçue) des parents qui constitue le terreau dans lequel la personnalité de l’enfant s’affirmera. Oui, mais ce bagage des parents, on le doit à leurs parents à eux…. Ok, on s’égare là !

Louise et Normand de Montigny

29 décembre 2012

vendredi 21 décembre 2012

Gestion de crise 101


En 2009, alors que je visitais un partenaire d’affaires en Chine, la question de la crise économique se pointa au centre de nos échanges. Mon interlocutrice, une jeune dirigeante d’un incubateur d’entreprises, me révéla qu’en Mandarin, on utilise deux signes pour écrire le mot « Crise ». Ces deux signes représentent les mots
« Danger » et « Opportunité ».

Au moment où nous vivons une période de changements profonds, voire une 2ième Renaissance , cette sagesse chinoise est plus que jamais d’actualité.

Danger :           Agir de façon responsable, faire preuve de résilience et de solidarité.

Opportunité :    Investir en soi et faire preuve de créativité et d’entrepreneurship.

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En ce lendemain de « fin du monde » évitée et à l’approche du Nouvel An, je vous propose les réflexions de deux de mes auteurs favoris.

D’abord David Descôteaux, un des chroniqueurs économiques les plus lus au Québec. En septembre dernier, à la veille des élections, il nous proposait rien de moins que de voter pour nous-mêmes individuellement et d’établir notre plan.

Votre plan


En santé. Comment ferez-vous pour éviter de vous retrouver dans ces satanées urgences? Pour éviter d’alourdir notre système déjà surchargé? Car ne vous fiez pas sur nos politiciens pour réduire les files d’attente. Ils ont prouvé leur incapacité au fil des ans. Allez-vous commencer à manger mieux? Vous allez pratiquer un sport cet automne? Côté responsabilité individuelle, y a quoi dans votre programme?

En économie. Votre cadre financier à vous, il ressemble à quoi? Comment allez-vous équilibrer VOTRE budget? Plus de revenus? Moins de dépenses? Quelles mesures proposez-vous pour vous sortir du piège de l’endettement? Pour vous guérir de cette envie de toujours acheter la dernière bébelle en vogue? Allez-vous implanter le déficit zéro cette année? Et attention, pas de truquages de chiffres!

Au travail, promettez-vous de l’obtenir cette année, cette fichue promotion? Aucun politicien ne le fera pour vous. Vous avez une PME? Vous proposez quoi, pour augmenter vos profits? Et ce ménage dans vos dépenses, que vous promettez à vous-même tous les quatre ans… Cette fois, on veut des engagements fermes!

En éducation. Prenez-vous l’engagement de mettre à jour et parfaire vos connaissances? Allez-vous consacrer du temps, chaque semaine, à l’apprentissage d’un métier complémentaire au vôtre? Dans ce monde sans pitié, qui bouge si vite, vous devez être employable. Avoir plusieurs cordes à votre arc. Ce n’est pas un politicien, ni un chèque, qui va vous aider pour ça. C’est dans votre programme, ça aussi?

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En deuxième partie, Jacques Attali, auteur, professeur, éditorialiste, conseiller politique. Il publiait, en 2009, « Survivre aux crises » .


Ce guide de survie propose, en plus des sections s’adressant aux nations ou aux entreprises, un chapitre dédié aux personnes. En fait, crise ou pas crise, ce qu’il propose est un programme, un plan de vie qui vaut le détour. Je vous suggère de lire le livre en entier, mais à défaut, je vous résume les sept principes suivants.


Sept principes


Le respect de soi

C’est d’abord se responsabiliser, ne pas tout remettre entre les mains du destin ou du karma. D’une certaine façon, c’est croire en nos possibilités, avoir envie d’être fier de soi.

Donner de l’intensité au temps

Survivre aux crises, c’est prendre grand soin de son corps et de son esprit, ce qui rejoint les consignes du respect de soi. C’est se doter, à échéance de 20 ans au moins, d’un projet de vie tant personnel que professionnel. C’est aussi vivre intensément chaque instant.

Se faire une idée personnelle du monde par l’empathie

Pour survivre, dans un monde en profonde mutation, il faut savoir scruter et comprendre son environnement. Chacun doit se faire une opinion personnelle sur les menaces et opportunités qui se présentent sur son chemin. L’empathie consiste à se mettre à la place des autres pour mieux anticiper leurs réactions.

Être capable de résister à une attaque : la résilience

C’est savoir réagir rapidement à un choc professionnel ou sentimental. La résilience, c’est savoir rebondir, compter sur un plan B. Elle conduit à vérifier sa propre capacité à ne pas dépendre, en cas de crise, d’un seul métier, d’une seule formation, d’une seule compétence, d’un seul lieu de vie ou de travail, d’une seule source de revenu ou d’emprunt.

Détourner toute menace en opportunité : la créativité

C’est un peu la technique du Judo : c’est se servir de la force de l’adversaire (la menace) comme levier pour la transformer en opportunité. Un échec peut devenir l’occasion de changer de vie pour mieux servir sa raison de vivre. Inventer, rompre, se transformer, autant d’actions à mettre de l’avant pour retrouver un nouvel équilibre.

Ne pas se contenter d’une seule identité : l’ubiquité

Si l’on n’arrive pas à transformer la menace en opportunité, alors il reste à décamper. L’ubiquité exige de vivre le plus léger possible, de ne s’encombrer d’aucun bien sédentaire, de n’accumuler qu’idées, expériences, savoirs, relations, biens et fortunes nomades. C’est la fuite organisée et une certaine forme de renonciation à ses valeurs.

Penser révolutionnaire

Si rien de ce qui précède ne suffit à assurer la survie, alors il faut se tenir prêt à rompre avec tous les principes et paradigmes et à penser le monde autrement. C’est de l’imagination rebelle et de la remise en question que se nourrit la capacité à débusquer les vrais problèmes et à trouver les vraies solutions. La révolution peut nous amener à retrouver notre accord avec notre raison de vivre.
           
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Normand de Montigny

« Entreprendre, encore et toujours »