mardi 14 janvier 2014

Que nous réserve 2014?












« Les prévisions sont difficiles surtout lorsqu’elles concernent l’avenir. »
Pierre Dac


Comme bien d’autres, je me risque, en ce début d’année, à regarder au loin pour tenter de prévoir les grands événements qui marqueront l’année 2014.

Ce genre d’exercice est de plus en plus périlleux, compte tenu de la très grande volatilité qui frappe les sphères économiques, financières et politiques

Recul de la pauvreté dans le monde

La pauvreté absolue (vivre avec moins de 1,25$ par jour) continuera de reculer. Les objectifs fixés en 1990, pour 2015, sont déjà atteints. La pauvreté absolue a reculé de plus de 50%. C’est là une réalisation prodigieuse. La communauté internationale travaillera, en 2014, sur la définition de nouveaux objectifs dont celui d’éliminer totalement la pauvreté absolue d’ici 2030.

Ça ne doit pas nous empêcher de continuer de « jaser » dans nos salons, sur les écarts de richesse au Canada. Tout est relatif, c’est bien connu.

Crise financière mondiale

Le système financier international n’a pas réglé ses problèmes en 2013, loin de là. Nos apprentis sorciers (banques centrales, gouvernements, FMI et autres) continueront en 2014 de pelleter par en avant, en souhaitant qu’une croissance économique plus soutenue leur donnera un répit, le temps de s’entendre sur les véritables correctifs à apporter.

Les banques, petites et grandes, seront soumises à de nouveaux tests de résistance, révélant ainsi la fragilité de plusieurs d’entre elles. L’heure est à la vérité. En parallèle, les pays européens se seront entendus sur un nouveau mécanisme de sauvetage des banques en difficulté, sur la base d’une approche de « Bail-in ». Les épargnants et actionnaires des banques seront appelés à prendre la grande part du risque (Modèle appliqué à Chypre en 2013). Une banque française ou italienne subira une profonde restructuration.

Politique québécoise

Des élections au printemps. Avant même que le budget 2014-2015 ou que la Charte de la laïcité ne soient adoptés. En fait l’impasse budgétaire sera totale, le déficit se creusant davantage. Au moins une agence de notation aura abaissé la cote du Québec avant l’été.

Le Parti québécois sera reporté au pourvoir, une nouvelle fois minoritaire. Philippe Couillard retournera à la médecine.

Une grève des CPE et des garderies privées, dans le premier cas pour bonifier les conditions de travail et dans le second cas, pour s’opposer au démantèlement programmé du réseau. Les grands-parents en auront plein les bras.

Scène sportive

Nous vivrons des Jeux olympiques d’hiver qui, une fois encore, célèbreront l’excellence du Canada qui terminera au premier rang pour le nombre de médailles d’or et au 2ième rang pour le total des médailles.

Le Canadien sera éliminé en 2ième ronde des séries. Michel Therrien ou P.K. Subban quittera le Canadien : devinez lequel. Le retour des Nordiques et des Expos : c’est reporté à 2015 ou 2016.

Politique canadienne

Le gouvernement Harper maintiendra le cap quant à l’assainissement des finances publiques. Une importante fronde, organisée par les centrales syndicales, culminera en août à Ottawa, par des manifestations à l’occasion du Forum social des peuples. Ça nous donnera un petit répit à Montréal. (Attention : le gouvernement Harper risque d’être un petit plus difficile à renverser que le gouvernement Charest de l’été 2012).

Retour graduel de la croissance économique

L’Europe et les États-Unis connaîtront une année de croissance économique modérée (moins de 3%). On assistera à un retour de la confiance des consommateurs et des entreprises. Tout ne sera pas pour autant réglé. Les sans emploi seront encore très nombreux, certains s’étant découragés ou n’étant pas qualifiés.

Malgré la ratification de l’entente commerciale avec l’Europe, le Canada ne retrouvera pas de sitôt une balance commerciale (Exportations moins importations) positive. Le fait est que nos principaux clients (États-Unis, Europe), même s’ils reprennent un volume d’achats plus important, ont, entre-temps, diversifié leurs sources d’approvisionnement. La Chine est devenue le principal partenaire commercial des États-Unis délogeant ainsi le Canada.

Sciences et technologies

Une prédiction facile (pour remonter ma moyenne) : Apple lance le IPhone 6.

Je ne me risquerai pas à prédire une innovation de rupture « Breakthrough » précise. C’est ce qui est le plus imprévisible. Toutefois, je m’avance à prévoir qu’au moins une innovation de ce type nous viendra du secteur des nanotechnologies appliquées aux sciences de la vie (Peut-être un vaccin thérapeutique).

Nous aurons droit, en 2014, à une pléthore d’inventions dans la catégorie «Comment-j’ai-pu-vivre- sans-ça-jusqu’à-aujourd’hui». Déjà annoncée en ce début de 2014 : la brosse à dent branchée sur Internet qui donne, en temps réel, à votre mère, votre hygiéniste dentaire et vos amis Facebook, toutes les informations vitales sur votre tartre dentaire. Dans la même veine, je prédis pour la fin d’année 2014, la commercialisation d’un implant buccal transmettant, en temps réel, à votre mère, votre diététiste et vos amis Facebook, toutes les données importantes sur votre ingestion de denrées et liquides.

Les innovations les plus spectaculaires sortiront des imprimantes 3D. Le secteur des nouveaux matériaux, s’alliant à celui de ces imprimantes révolutionnaires, cogitera des applications de plus en plus nombreuses. Peut-être le premier bâton de golf imprimé ou la première raquette de tennis.

Environnement

Au terme d’un bras de fer entre les Etats-Unis, la Chine et l’Inde, la Conférence internationale de Lima sur les changements climatiques se conclura sur un consensus quant aux objectifs devant remplacer ceux de l’Accord de Kyoto.

Des marées automnales records causeront des dommages importants sur les rives du Saint-Laurent.

Dossiers chauds internationaux

En Écosse, les résultats du référendum sur l’indépendance confirmeront le maintien du statu quo. Il n’y aura pas de match revanche. Ce n’est pas de la boxe tout de même; ce n’est pas le Québec non plus.

Il en ira tout autrement du référendum en Catalogne. Les résultats donneront la victoire aux partisans de l’indépendance de cette province d’Espagne. Le gouvernement fédéral espagnol, comme il l’a déjà annoncé, ne reconnaîtra pas les résultats. Tension extrême à prévoir.

De guerre lasse, Palestiniens et Israéliens en viendront à un accord de paix, sous l’impulsion de John Kerry, Secrétaire d’État américain.

L’embargo sur l’Iran sera levé, suite à une entente sur le développement du nucléaire dans ce pays.

La guerre Chiites-sunnites qui déchire la Syrie, l’Irak et le Liban, s’étendra à d’autres pays du Moyen-Orient et de l’Afrique.

Dossiers chauds nationaux

Le dossier des régimes de retraite du secteur public continuera de faire l’objet de consultations, analyses et palabres. Une embellie temporaire et conjoncturelle de la solvabilité de ces régimes sous capitalisés, confortera les décideurs dans leur détermination de ne rien faire.



Au plaisir de lire vos commentaires.

Normand de Montigny

« Entreprendre, encore et toujours »









dimanche 24 novembre 2013

Mon syndicat et son autobus jaune


Au moment où les autobus jaunes refont leur apparition dans nos rues et alors que les syndicats tiendront la vedette cet automne à la Commission Charbonneau, j’ai pensé vous parler de Mon syndicat et son autobus jaune.

Avant d’entrer dans cet épopée, deux courts messages :


Je salue tous les enseignants, à l’occasion de la rentrée 2013. Ils exercent un rôle central dans le développement d’une nouvelle génération de citoyens responsables. On leur reconnaît beaucoup de dévouement, souvent dans des conditions d’exercice difficiles.

Le mouvement syndical a, à certains moments de son histoire, influencé et infléchi très positivement le développement économique et social du Québec. Les syndicats ont été des promoteurs et des alliés dans la création d’un secteur coopératif fort au Québec, au siècle dernier (1900-1950). Des luttes syndicales majeures ont été déterminantes pour la construction du Québec moderne. La Grève de l’amiante (1949) et la Grève des réalisateurs de Radio-Canada (1958-1959) ont pavé la voie à la Révolution tranquille des années ’60. De grands leaders politiques ont joué un rôle central dans ces luttes : Pierre-Elliot Trudeau et René Lévesque, qui, chacun à leur façon ont, par la suite, imprégné de façon indélébile notre devenir.

Je ferme la parenthèse. De retour à notre autobus jaune.

Nous sommes une vingtaine dans un autobus scolaire.C’est un Lundi soir d’hiver, en 1965. J’ai 12 ans. Je suis un scout de la troupe Guy de Larigaudie, basée à Saint-Vincent-de-Paul.

Soudain, l’autobus ralentit et se fait lentement un passage à travers des manifestants qui frappent l’autobus avec leurs affiches sur bâtons. Nous arrivons à l’Hôpital Notre-Dame de la Merci, boulevard Gouin à Montréal. Hier soir, le chef scout m’a téléphoné à la maison pour me demander de me rendre disponible pour aider, pour une durée indéterminée, à soutenir, en situation d’urgence, les opérations de cet hôpital pour personnes âgées.

La maxime du scout est « Toujours prêt ». Sa principale préoccupation est de réaliser une bonne action (B.A.) par jour. Alors, je fais ma valise. Au cours des deux semaines qui suivront, je ferai le plein de bonnes actions.

J’avais 12 ans et n’avait pas idée de ce qu’était un syndicat ou un briseur de grève. Le Québec n’avait pas encore adopté sa Loi des services essentiels. Les centaines de résidents de cet hôpital avaient été abandonnés à leur sort. Ne restait sur place que quelques religieuses. Nous avons lavé les draps souillés, préparé les repas, lavé les planchers, fait des courses de chaises roulantes, monté une pièce de théâtre et bien dormi dans nos sacs de couchage sur des allées de quilles.

J’avais 12 ans et j’ai été confronté, pour la première fois, à la mort. Je lavais le plancher d’une chambre. Je croyais au début qu’elle dormait, mais son teint était blanc comme du lait. Elle avait encore dans la main le bouton d’appel. C’était trop tard.

Nous sommes en 2005 ou 2006. Je siège au Conseil d’administration de l’Agence de la santé, dans une ville près de chez-vous. Ce soir, nous adoptons un projet de fusion de CLSC. Aucun service ne sera coupé, aucun emploi ne sera perdu. La gestion sera éventuellement regroupée ; le nombre d’accréditations syndicales sera réduit. Soudain, alors que nous nous apprêtons à entamer la discussion autour de la table du conseil, on entend à l’extérieur, des coups de klaxon répétés. Par la fenêtre, on voit arriver…. deux autobus jaunes de syndiqués qui viendront frapper de la pancarte (c’était avant l’époque des casseroles) sur nos dossiers de chaises pour bien nous faire comprendre que ce n’était pas une bonne idée de fusionner des institutions pour réduire les coûts. (Retourner voir la photo en haut. Vous ne trouvez pas qu’il a l’air un peu intimidant mon autobus jaune avec sa barbe noire ?)

24 mars 2006. Philippe Couillard, ministre de la santé du Québec, s’apprête à prendre la parole à la tribune de la Chambre de commerce d’une ville près de chez vous. Il est en tournée pour vendre sa réforme (encore une autre) du système de santé. Soudain, un groupe d’environ 50 manifestants très bruyants, affichant les couleurs d’une centrale syndicale bien de chez nous, envahit la salle et entoure le ministre. Son garde du corps (Sûreté du Québec), solidarité oblige, a choisi ce moment pour aller en griller une dehors.
Je me dirige vers l’extérieur de la salle pour informer son garde du corps. Il est en discussion avec un contingent de la police municipale, qui, solidarité oblige, laissera la tempête passer. Au passage, je remarque, dans le stationnement de l’hôtel…. deux autobus jaunes. Je me demande, encore aujourd’hui, comment ces grands taupins intimidants arrivent à se plier les jambes pour entrer dans les bancs d’un autobus d’écolier. Ça, c’est une autre histoire.

Bien que je n’aie jamais pris un autobus scolaire pour me rendre à l’école, ma vie est peuplée de rencontres marquantes avec des autobus jaunes.

Sur ce, je vous laisse…. Qu’est-ce que j’entends ? Un autobus jaune vient de s’arrêter devant chez-moi. J’espère vous écrire de nouveau bientôt, si je ne suis pas trop « plâtré ».


Au plaisir de lire vos commentaires.

Normand de Montigny

« Entreprendre, encore et toujours »



mardi 19 novembre 2013

Ce que vous ne lirez pas dans le rapport de la Commission Ménard













Ce matin, on rapporte que la Sûreté du Québec ferait un mea culpa quant à son manque de préparation pour faire face à la manifestation (Lire émeute) de Victoriaville au printemps 2012. Un problème de sous-évaluation du risque, semble-t-il.

Ça sera sans doute dans le rapport de la Commission Ménard, qui doit faire la lumière sur les événements du soulèvement d’une partie (30%) des étudiants post-secondaires du Québec.

La Commission Ménard vient de demander une prolongation de son mandat pour permettre de rédiger adéquatement son rapport. Dans un souci de réduire les coûts, pour le contribuable, de cet exercice plus ou moins utile, je me suis porté volontaire pour rédiger quelques paragraphes, qui, j’en suis persuadé, n’auraient pas autrement trouvé leur place.

La responsabilité de la police

La responsabilité première de la police est d’assurer la sécurité des citoyens. Pour ce faire, dans une démocratie, elle applique, les lois et règlements, tout en usant de jugement sur les modalités d’application.

Tout au long du conflit étudiant, notamment à Montréal, les policiers ont choisi de ne pas appliquer les lois et règlements. En déclarant illégales les manifestations, tout en les tolérant jusqu’à l’atteinte d’un niveau de vandalisme jugé adéquat, les corps policiers ont, soir après soir, envoyé un message fort d’abdication de responsabilité.

La responsabilité des organisateurs

Les organisateurs des manifestations ont choisi de se défiler derrière de faux prétextes (nous n’organisons rien, ça s’adonne que l’invitation pour la manifestation s’est affichée sur notre site Web sans qu’on sache comment ou par qui). En ne dévoilant pas leur itinéraire à l’avance, en ne se dotant  pas d’un service d’ordre adéquat et en encourageant la participation de groupes très connus pour leurs méfaits passés, les leaders de ces manifestations ont mis en danger la sécurité des citoyens, notamment ceux participant à leurs rassemblements.

La responsabilité parentale

Une image forte me revient. C’est celle de parents derrière leurs enfants en poussette sur la première ligne d’une manifestation à Montréal et faisant face à la cavalerie du SPVM.

Que dire de plus, sinon qu’il aurait fallu faire des signalements à la Direction de la protection de la Jeunesse.

Tout cela, vous ne le lirez pas dans le rapport de la Commission Ménard.

Les manifestations étudiantes dans les années 1970

En 1975, j’étais membre de l’exécutif d’une association étudiante universitaire et représentant de cette association auprès de l’Association nationale des étudiants(es) du Québec.

Il faut se rappeler que nous traversions une période extrêmement tendue, celle du conflit linguistique qui perdurait déjà depuis 1968. Les milieux étudiants et syndicaux étaient mobilisés pour dénoncer la trop grande place de l’anglais à l’école, au travail et dans la société en général et pour lutter contre la Loi 22.

Nous avions organisé une manifestation réunissant plusieurs milliers d’étudiants. L’itinéraire n’était pas anodin : départ de l’Université de Montréal, traversant l’Ouest de Montréal sur Sherbrooke, arrêt devant l’Université McGill et les sièges sociaux des grandes entreprises anglo-saxonnes de Montréal. Trajet communiqué à l’avance à la police de Montréal, service d’ordre formé de nos équipes sportives universitaires. Pas de casse, pas d’arrestation.

Vous me direz, vous n’aviez pas les Black Block et les anarchistes dans les jambes. Pas les Black Block c’est sûr, mais on pouvait compter sur les PCC-ML, les En Lutte, les Trotskistes et plusieurs autres groupes très militants, qui se faisaient un devoir de ne rien organiser par eux-mêmes, mais d’infiltrer tous les événements organisés par d’autres.

Bien sûr, il y a bien quelques différences importantes entre 1975 et 2012. TVA n’avait pas d’hélicoptère et les chaînes d’information continue n’existaient pas. C’est dire que nos leaders étudiants ne se voyaient pas, du jour au lendemain, élevés au rang de héros de la nation, par un Guy A. Lepage à Tout le monde en parle ou un Louis Lemieux à RDI. Ah oui, j’oubliais, nous manifestions à visage découvert, sans arme d’assaut, sans soutien financier des centrales syndicales et sans l’appui militant de nos enseignants.

Là où ça se rejoint, par contre, c’est que dans l’année qui a suivi, le Parti québécois a remporté les élections, renversant les Libéraux et a fait adopter la Loi 101 qui, depuis ce jour, protège la langue française au Québec. Une victoire sur toute la ligne.


Normand de Montigny

« Entreprendre, encore et toujours »














jeudi 24 octobre 2013

Lampedusa, récif de l’espoir

  
Le 3 octobre dernier, Lampedusa revenait dans l’actualité. Une fois de plus, cette petite île au large de la Sicile, se voyait le théâtre d’un autre drame humain. Ce sont 366 migrants qui ont perdu la vie, lorsque leur frêle embarcation a chaviré en pleine Méditerranée.

Les passagers avaient quitté leur pays natal, pour la plupart en Afrique de l’Est, pour tenter de refaire leur vie, d’améliorer leur condition, dans un pays d’Europe, qui voudrait bien les accueillir.

C’est le propre de tout individu, de tout parent, de vouloir améliorer son sort et celui de ses enfants. C’est mû par une telle motivation, que de tout temps, les migrants ont choisi de tout laisser derrière et de foncer vers une nouvelle vie, vers l’inconnu.

Le courage dont ils font preuve est, à mon avis, à classer dans la même catégorie que celui de Christophe Colomb, en 1492, ou des pompiers de New-York, le matin du 11 septembre 2001.

Bien sûr, comme tout le monde, le 3 octobre dernier, j’ai pensé à l’exploitation de ces migrants par des passeurs crapuleux, aux lois d’immigration pas assez ou trop restrictives, c’est selon. Mais, j’ai surtout pensé à tous ces drames humains individuels qui se sont joués cette nuit-là. Chacun mériterait sans doute qu’on en tire un livre ou un film, un peu comme l’Histoire de Pi. Cette nuit-là, le rêve et l’espoir de centaines de familles se sont brisés sur le récif de Lampedusa.

Warren Buffet, financier à succès, déclarait dans une récente entrevue, accorder une bonne partie de sa réussite à la chance. Et au premier rang de cette chance, celle d’être né aux Etats-Unis. Ça m’a amené à tenter de me projeter : quelle serait ma vie quotidienne aujourd’hui si j’étais né en Érythrée, plutôt qu’au Canada ? Est-ce que j’aurais, moi aussi, entrepris un voyage périlleux sur une frêle embarcation ?

Ces jours-ci, en France, on discute beaucoup (c’est le propre des Français) du Droit du sol et du Droit du sang. Si un de vos parents est Français, dès votre naissance, vous devenez citoyen français. C’est le Droit du sang. Si vous naissez en territoire français, mais qu’aucun de vos parents n’a la citoyenneté française, vous devenez citoyen français en vertu du Droit du sol. Je simplifie.

J’ai poussé ma réflexion un peu plus loin en voulant intégrer la notion de droit de propriété, sur un territoire national ou sur un terrain privé. Est-ce que le fait de conquérir un territoire par la force des armes (c’est le cas de la quasi-totalité des pays dans le monde) confère au peuple conquérant, un droit de propriété sur le territoire national ? Et question en découlant : Est-ce qu’un tel droit de propriété, s’il en est un, confère le droit d’en refuser l’accès à des immigrants ?

Pour plusieurs, ce n’est que récemment que nous avons compris que si nous sommes propriétaire d’un terrain privé, sur lequel est construite notre maison, en fait ce n’est qu’une mince couche de terre en surface qui nous appartient. Tout ce qui est en dessous et ce jusqu’au centre de la Terre, est du domaine public. Le gouvernement peut en disposer comme il veut, notamment en accordant des droits miniers.

Comme vous voyez, la notion de droit de propriété est très relative. Il faut plutôt parler de droit d’occupation d’un territoire.

Certains pays ont une densité de population très élevée, c’est le cas du Bangladesh avec 1083 habitants au kilomètre carré, comparativement au Canada avec 3.

Au cours des prochaines années, les conflits politiques, les guerres, les enjeux environnementaux et le désir d’améliorer son sort pousseront, à de nouveaux sommets, les flux migratoires. Serons-nous accueillants ? Je ne m’attarderai pas ici sur la nécessité d’intégration des nouveaux arrivants et sur les impératifs de protéger notre culture ; c’est un autre sujet.

Je reviens à mon embarcation du début. Il m’est d’avis que les 7 168 386 541 habitants que compte notre planète ce matin, sont passagers d’un seul et même bateau. Certains, il est vrai, voyagent en cabine luxueuse, tandis que d’autres sont confinés à la cale et aspirent à une meilleure situation.

La façon dont nous répondrons à ces aspirations légitimes sera déterminante quant au devenir de l’humanité.


Au plaisir de lire vos commentaires.

Normand de Montigny

« Entreprendre, encore et toujours »







mercredi 9 octobre 2013

Plan économique du Québec : au bout de nos cartouches ?

En grande pompe, le Gouvernement du Québec a lancé son plan économique Priorité emploi.

Deux milliards de dollars seront investis dans différentes mesures avec l’espoir que le secteur privé embarquera et, qu’au bout du compte, c’est plus de treize milliards de dollars d’investissements privés qui seront générés.

Rien dans cette annonce ne tranche avec tout ce qui a été essayé précédemment pour sortir le Québec de son déclin tranquille. Pour ma part, deux questions ont surgi immédiatement :

-  Est-ce qu’une plus grosse dose de quelque chose qui ne fonctionne pas peut, cette fois-ci, réussir ?
-  Est-ce que le Québec en est rendu à utiliser ses dernières cartouches (marge budgétaire) ?

La créativité n’était manifestement pas au rendez-vous, hormis peut-être cette idée de l’électrification des transports.

On se contente, encore une fois, de viser les mêmes cibles, à savoir, construction, universités, adéquation formation-emploi, innovation, énergie verte, investissements étrangers, en utilisant les moyens habituels que sont les subventions, crédits d’impôts, énergie à rabais et travaux d’infrastructure.

Quelles sont les réactions de nos élites ?

Les partis d’opposition s’interrogent sur la disponibilité des fonds pour financer ce plan. Une question qu’ils ne se sont jamais posée, lorsqu’il étaient au pouvoir. C’est pourquoi nous sommes si endettés.

Les représentants des entreprises, fortement intoxiqués par les milliards de dollars de subvention qu’ils reçoivent déjà, sont favorables à ce nouveau plan. Ils ont depuis longtemps perdu tout sens critique.

Les syndicats se sont prononcés en faveur de ce nouveau plan. Ce n’est pas surprenant et c’est inquiétant. Ça indique bien que nous nous enfonçons toujours plus dans un système, celui du sanctuaire économique des droits acquis.

Un point qui mérite qu’on y revienne, celui de l’adéquation entre la formation et l’emploi. Voilà un vœu pieux qui bat des records de longévité. Au Québec, c’est connu, nous sommes contre la « marchandisation » de l’éducation. L’adéquation formation-emploi, qui serait l’action la plus structurante à mettre de l’avant, demeurera un vœu pieux, d’autant plus qu’on se plait à en faire un sujet de discorde fédéral-provincial.

Pendant ce temps, plusieurs secteurs industriels voient leur croissance freinée, faute de main d’œuvre spécialisée.

Tant qu’on ne changera pas nos cibles et notre approche, nous continuerons d’assister à des lancements réussis de politiques économiques qui ne livrent pas.

De beaux effets de toge, comme diraient nos amis avocats.

 
Au plaisir de lire vos commentaires.

Normand de Montigny


« Entreprendre, encore et toujours »






dimanche 6 octobre 2013

Réchauffement climatique : on attend quoi ?

Carl Camiré, Vestige méditatif

Il y a quelques jours, le GIEC  (Groupe international des experts du climat) publiait les premiers éléments scientifiques de son 5ième rapport sur les changements climatiques.

Les faits saillants sont sans équivoque :
     - Le réchauffement de l’atmosphère terrestre se continue

     - Il y a 95% de probabilité que ce réchauffement soit attribuable, en grande partie, aux gaz à effet de serre,  découlant de l’activité humaine.


Pour ma part, j’y vois une mauvaise et une bonne nouvelle, La mauvaise d’abord : malgré les alertes précédentes, notamment depuis la Conférence de Rio en 1992, la situation continue de se détériorer.


La bonne nouvelle : le réchauffement climatique est attribuable, en grande partie, à l’activité humaine. Pourquoi j’y vois une bonne nouvelle ? Tout simplement, parce que ça signifie également qu’un retournement de situation (mettre fin au réchauffement) pourrait également découler d’une action humaine, nécessairement concertée et vigoureuse. Nous ne sommes pas dans une situation où il n’y a pas de solution, comme ce serait le cas, par exemple, si la terre avait quitté son orbite traditionnelle autour du soleil pour s’en approcher inexorablement !

Alors, on attend quoi pour agir ? En fait le problème est que nous assistons à un phénomène (le réchauffement) qui se produit à un rythme très lent, s’étalant sur plusieurs décennies. Pour le Canada, par exemple, on estime que le réchauffement climatique pourrait signifier une demi-journée de moins, par année, de conditions hivernales (Ce matin-là on ira jouer au bowling, plutôt que faire du ski ! – Je parle pour les Québécois qui ne passent pas leur hiver dans le Sud). Ailleurs, des périodes de sécheresse un peu plus longues ou la hausse du niveau de la mer qui gruge davantage les berges. Rien de spectaculaire et rien pour motiver le politicien moyen qui voit rarement plus loin que sur un horizon de 3 à 4 ans (cycle de sa réélection).


Imaginons, pour un instant, qu’au lieu du réchauffement climatique, l’humanité est confrontée à une collision imminente (probabilité de 95%) avec un astéroïde de la taille du Texas. Nous avons tous vu le film Armageddon (1998) ou un des nombreux films sur le même thème qui ont suivi. Tous les cerveaux, les talents, les moyens techniques et financiers nationaux et internationaux seraient mobilisés vers un seul objectif : empêcher la collision.


L’enjeu de la lutte au réchauffement climatique est du même ordre et commande le même type d’effort et de détermination. Rien de moins.


Un modèle de croissance à revoir



Dans un billet précédent Croissance: Stop ou encore  j’aborde cette question d’une croissance infinie dans un monde aux ressources limitées. Le modèle de croissance économique occidental des années 1960 à 2008, ne peut être maintenu, alors même que les pays émergents affichent les mêmes ambitions.


Hervé Kempf, en tournée au Québec la semaine dernière, est l’auteur de Fin de l'Occident, naissance du monde . Titre choc qui nous fait réfléchir et dont je partage la conclusion centrale : il ne sera pas possible de maintenir le modèle de consommation de l’Occident et d’accommoder une croissance suffisante dans les pays émergents. Nécessairement l’Occident devra reculer. Là où je diverge, c’est  qu’il fait reposer la solution principalement (uniquement ?) sur la redistribution de la richesse, en détroussant l’oligarchie mondiale.


Il est indéniable que 1% de la population, les plus fortunés de la planète, contrôle 45% de la richesse mondiale. Les 50% les moins fortunés se partagent 1%. L’Amérique du Nord et l’Europe accaparent 67%. (Crédit Suisse, Global Wealth Data Book 2012). Il s’agit là d’un partage très inégal du patrimoine mondial. Certaines nations, pas toutes en Occident d’ailleurs, sont très inégalitaires. Des mouvements de soulèvement ont ébranlé les oligarchies de plusieurs pays en 2012, sans pour autant entraîner une amélioration (pas encore) de la situation des classes pauvres (Tunisie, Libye, Égypte). Le Québec est une société plus égalitaire que la plupart des autres juridictions en Amérique du Nord et on ne peut que s’en réjouir.


Il faut voir au-delà de la richesse accaparée par l’oligarchie, car, pour une bonne part, elle n’est que thésaurisation (consommation reportée) qui entraîne relativement peu de pression sur les ressources naturelles limitées.


La solution au réchauffement climatique viendra bien plus d’un changement du modèle de croissance économique (consommation et production), qui devra toucher le mode de vie de l’ensemble des classes moyennes des pays occidentaux et non pas uniquement l’oligarchie du 1%.


Deux exemples bien simples :



Un oligarque russe, qui possède une villa valant 500 millions d’euros sur la Côte d’azur, devant laquelle est amarré son yacht de 162,5 mètres (valeur de 380M $), n’a pourtant qu’un seul estomac. À son menu quotidien, on retrouve assurément de la viande, tout comme n’importe quel quidam de la classe moyenne. Or produire un kilogramme de viande de bœuf requiert la production de 10 kilogrammes de céréales; c’est qu’elle bouffe cette petite bête.


En 2009, les classes moyennes des pays émergents (Chine, Inde, Brésil, Indonésie…) comptaient 525 millions d’individus; ils seront plus de 1 740 millions en 2020 et 3 228 millions en 2030. Il est démontré, depuis plusieurs années, que les familles qui quittent la pauvreté et accèdent à la classe moyenne, augmentent considérablement leur consommation de viande. Compte tenu des superficies agricoles disponibles, il sera impossible de produire les quantités additionnelles de céréales pour rencontrer les besoins nutritionnels de ces populations.


La croissance économique, ce n’est pas que la consommation, c’est aussi la production requise pour rencontrer cette consommation. L’exemple de la production d’aluminium, que nous connaissons bien au Québec, est très éloquent.


La Chine, tout comme le Québec, cherche à créer des emplois en région, en utilisant les sources d’énergie disponibles. Au Québec, on maintient avec beaucoup de difficulté et à grands frais (tarifs d’électricité réduits) des alumineries au Lac Saint-Jean, sur la Côte-Nord et en Mauricie.


Pendant ce temps, la Chine a décidé de produire l’aluminium requis pour ses propres besoins, soit 40% du marché mondial. La région de Xinjiang (nord-ouest) recèle des réserves abondantes de charbon utilisées pour produire l’électricité requise par les alumineries. On peut imaginer les gaz à effet de serre ainsi produits.


En conclusion



La Chine, c’est bien loin et hors de notre réelle zone d’influence. Par contre, il nous est possible d’agir localement et de modifier certaines de nos habitudes de consommation, voire nos habitudes de vie.


Ce sont les classes moyennes d’ici et d’ailleurs qui disposent de la masse critique nécessaire pour modifier la trajectoire du réchauffement climatique ou de l’astéroïde. Encore faut-il agir en temps utile. IL EST GRAND TEMPS …



Au plaisir de lire vos commentaires.


Normand de Montigny


« Entreprendre, encore et toujours »






lundi 2 septembre 2013

Un grand hold-up silencieux







Pour financer leurs déficits courants et une dette hors contrôle et tenter de redémarrer leur économie, les administrations publiques des grandes puissances économiques ont opté pour la destruction de leur structure de taux d’intérêts.




Ces bas taux d’intérêt (voisins de 0) décrétés par les banques centrales d’Europe, des Etats-Unis et du Canada ont un impact direct sur les taux pratiqués par les institutions financières auprès de leurs clients. Les emprunteurs sont les grands gagnants. Les épargnants les grands perdants. En fait, en tenant compte de l’inflation et de l’impôt à payer sur les intérêts gagnés, les épargnants ont un rendement négatif ; ils s’appauvrissent.



Les états qui ont fait preuve de laxisme sont « sauvés » par les états moins amochés : en fait les états « créditeurs » tentent de limiter les dommages pour leurs banques qui ont financé la dette des pays laxistes : Grèce, Portugal, Irlande, Espagne…



Cette situation de bas taux d’intérêt perdure depuis maintenant 3 ans et on peut penser que ce sera le cas pour encore quelques années. Les épargnants, à plus forte raison ceux qui doivent compter sur leurs propres ressources pour se bâtir un fonds de retraite, sont victimes d’un vaste hold-up silencieux. Chaque semaine des milliards de dollars sont ainsi transférés des épargnants responsables vers des emprunteurs qui continuent de faire la fête comme si de rien n’était.



Les États sont engagés dans un cercle vicieux où ils n’osent pas augmenter les taux d’intérêt de peur de tuer dans l’œuf une relance très fragile. Bien plus, une augmentation des taux d’intérêt aurait pour effet d’accroître de façon importante le fardeau de la dette (les intérêts qu’ils versent à leurs créanciers). C’est l’illustration la plus éloquente du parfait conflit d’intérêts.



Les régimes à prestations déterminées des fonctionnaires expliquent en partie les déficits très importants qui doivent être renfloués par les administrations publiques : états, provinces, villes. La Ville de Montréal doit débourser plus de 500 millions de dollars, annuellement, à titre de contribution pour le régime de retraite et, même là, cette contribution est insuffisante pour répondre à ses engagements.



La dette de Détroit qui vient de se placer sous la Loi de la protection (faillite) s’explique à 40% par le déficit accumulé des fonds de pension des fonctionnaires. Avant d’en arriver là, Détroit avait coupé plusieurs des services pourtant jugés essentiels (police, incendie, bibliothèques). Plusieurs autres villes américaines et certains états (Californie) vivent des situations précaires.



Au Québec, les villes ne sont pas autorisées à faire des déficits ou à faire faillite. Ça n’empêche pas que, dans les faits, plusieurs villes doivent couper dans les services et hausser les taxes pour rencontrer leur obligation de combler le déficit actuariel de leurs fonds de pension. Parlez-en aux gens de Québec.



Ça aussi, ça fait partie du Grand hold-up silencieux.





Au plaisir de lire vos commentaires.



Normand de Montigny



« Entreprendre, encore et toujours »